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Ils riaient avec leur bouche
"Trois motifs surréalistes pour ..."
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Topoduende - Nathalie Desouches
Ils riaient avec leur bouche
 
 
                                                                                 en création
 
Être dans la pré-langue, être dans la posture de celui qui cherche sa langue.
Faire le choix esthétique d’une articulation sur-articulée où les consonnes deviennent percussives ; cognent, frappent, frottent, crissent, coulent, coupent l’air…
Marcher la langue avec tout l’effort et l’ébranlement que cela implique dans le corps.
Laisser surgir de cet effort vital la musique d’un parlé-chaotique, qui heurte la chair du corps-parlé qui se fait naître.
Aiguiser les mots dans leurs extraits pour créer un phrasé brut, un relief sonore qui sculpte l’espace.
Par le son mélodique des voyelles parler à la frontière du chanter, le dérangement des sens qui cherchent à faire sens.
La langue reste au plus près du corps comme un animal-sentant devenant un animal-parlant
La sculpture sonore du texte livre l’expérience sensorielle du sujet avec le monde du dedans-du dehors et de sa conscience confuse, de son identité humaine en devenir, je dis sujet car ici il n’y a pas de personnage avec son fonctionnement psychologique, ni de costume qui raconterait sa condition sociale et historique, ni un phrasé ou les liaisons qu’exigent la langue française preuve d’une certaine éducation, ici ne sont produites, ici s’expose un être en devenir humain, une entité qui se fait JE.
 


 
 
Comme chez Beckett, l’humour ici est lié à l’innocence et à la violence naïve du sujet, à son inadaptation, le sujet tend à la surexpression autrement dit à l’expressionnisme : l’intensité de la sensation éprouvée ou imaginée.
Il est sans structure sociale ni costume social, il est là, en présence simple, le corps est  pauvre,
tout en peau, blanche et poussiéreuse, les parties sexuées sont cachées, le sujet n’est pas sexué, le sujet est ailleurs…
Le corps fait décor , en silhouette peu visible, il meut son mouvement en ombre, son espace est réduit à la capacité de captation  du micro.
La bouche elle aussi est blanchie, les dents noircies, la trouée de la langue est  plus visible, éclairée, mise en scène.
 
 
A partir de règles que j’ai moi-même définies, je traite le texte dans sa dimension musicale et crée un vocabulaire sonore qui est la structure mentale basique et obsessionnelle du sujet. Je souhaite ainsi mettre en exergue la violence amorale du sujet comparable à celle de Molloy de Beckett. Une chorégraphie du texte s’invente sur ces appuis. Je laisse voir et entendre le paysage sonore, la résonance drôle et étrange à la lisière du free-jazz de ce poème magnifique à la force brute et sensible à l’extrême, l’aphasie de ce poème à l’image de notre humanité fragile et toujours en devenir …

 
 
 
Ma démarche artistique est aussi orientée vers l’accès du spectacle à un large public, ce qui contraint cette création à une technique légère pouvant s’adapter à des lieux variés voireà l’origine non destinés à l’accueil de spectacle.
Ceci justifie mon choix d’une création lumière minimale. Ces contraintes loin d’appauvrir l’esthétique du spectacle créent une esthétique épurée, sobre, qui répond à mon attachement à l’esprit butô. Quelques projecteurs suffiront à mettre le corps en silhouette, peu éclairé, en pénombre.
 
Je jouerai avec ce rai de lumière pour faire apparaître des parties du corps,(comme certains tableaux chez Bacon), seul le visage, et surtout la bouche seront éclairés, surexposés. Un micro sur pied avec un dispositif technique mettront en espace le relief et les mouvements de la voix. La spatialité tournante du son en contraste avec l’étroitesse de l’espace-lumière provoquera une force esthétique à l’image de l’impuissance du sujet captif dans sa propre  absence au monde. Cette installation nécessitera la complicité d’un technicien.